Sarlat #2 : Le jardin des Enfeus ou le cimetière oublié de l’abbaye

En contrebas de la lanterne des morts se trouve le cimetière des Enfeus. Pourquoi « Enfeu » ? Un enfeu est une niche funéraire à fond plat dans laquelle on installait un ou plusieurs cercueils. A Sarlat on dénombre un peu moins d’une dizaine de ses dispositifs mis en place lors de la construction de la cathédrale, toute proche.

En 1504, en effet, on décide de raser l’ancienne église de l’abbaye pour en construire une nouvelle plus grande, plus majestueuse et plus adaptée aux besoins du nouveau statut de siège d’un évêché de la ville de Sarlat. On décide alors également de creuser dans la butte rocheuse à l’est de l’abbaye pour gagner de la place et on met en place un mur de soutènement dans lequel on creuse les fameux enfeus qui feront bientôt face aux chapelles du chevet de la cathédrale.

L’espace compris entre les deux est appelé le chemin des Enfeus qui débouche sur le jardin des Enfeus, le cimetière de l’abbaye, depuis la place du Peyrou. Si les enfeus, à l’exception d’un rajouté au XVIIe siècle, datent d’un peu après 1500, les pierres tombales du cimetière sont plus anciennes et datent du XIIe siècle au XVe. Les formes des sépultures sont alors très variées et offrent un spectacle exceptionnel.

D’importants travaux de restaurations ont toutefois dû être entrepris pour que l’on puisse observer les tombes. Transformé en décharge, cet ancien cimetière était devenu insalubre et impraticable. On ne pouvait plus y accéder et les sépultures étaient recouvertes de détritus, de gravats et de terre tandis que l’espace surplombant le cimetière au sud de la chapelle funéraire était un poulailler. Pour cela, il faut attendre les aménagements des Monuments Historiques menés par Yves-Marie Froidevaux dans les années 60 dont e but est de dégager la base des murs de la cathédrale et de mettre en place un système d’écoulement des eaux pour limiter la très forte humidité qui endommageait l’édifice. Il est aussi question d’offrir aux vestiges de l’abbaye un environnement adéquat.

Cette action est complètement tributaire de la loi Malraux de 1962 qui intensifie encore l’attention portée aux secteurs sauvegardés dans les villes. Le service des Monuments Historiques s’attache alors à traiter les témoignages du passé, non plus seulement comme des monuments isolés mais comme des constituantes d’un environnement urbain, environnement qu’il convient d’aménager et d’adapter à la sauvegarde et à la mise en valeur de ce patrimoine architectural. La finalité n’est pas juste d’embêter les propriétaires des vieux quartiers des centres-villes avec un fanatisme passéiste pour la vieille pierre mais de développer le tourisme. La mise-en-place des secteurs sauvegardés coûte en effet cher à l’Etat mais rapporte bien plus en retombées économiques.

En aménageant une promenade surplombant le passage des enfeus et en dégageant les pierres tombales, les Monuments historiques ont ainsi permis à ce site exceptionnel de devenir l’un des points clés du tourisme sarladais ainsi qu’un lieu de calme et de solitude très apprécié des locaux en dehors de la pleine saison ; mettant ainsi « l’intérêt archéologique du bâtiment en relation avec la réputation touristique de la ville. » (Yves-Marie Froidevaux)

 

Photos : Ismaël Briand

 

TARDE Jean, Les chroniques de Jean Tarde, 1620-1623. (Annotées par le Vte Gaston de Gérard, H. Oudin et A. Picard, Paris, 1887.)

LAVERGNE Géraud, « Travaux à la cathédrale de Sarlat au XVIe siècle » dans BSHAP, SHAP, t. XLVII, Périgueux, 1920, p. 155-161.

BENEJEAM-LERE Mireille, « Sarlat : la cathédrale Saint-Sacerdos » dans Congrès archéologique de France. 156e session. Périgord, Société française d’archéologie, Paris, 1998, p. 303-319.

FROIDEVAUX Y.-M., « Jardin du chevet de la cathédrale de Sarlat (Dordogne) » dans Revue des Monuments historiques de la France, Caisse nationale des Monuments Historiques, 1970, n° 1, p. 62-65.

FROIDEVAUX Y.-M., « L’action du service des Monuments historiques dans la rénovation de Sarlat » dans Revue des Monuments historiques de la France, Caisse nationale des Monuments Historiques, 1970, n° 2, p. 40-50.

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